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Wittgenstein : comprendre sa pensée sans se perdre

Wittgenstein : comprendre sa pensée sans se perdre

13 mai 2026 16 min Juliette Marquet
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Wittgenstein est un philosophe du langage et de la logique qui montre d’abord que le monde peut se décrire par des propositions, puis que le sens dépend surtout des usages. Il est décisif pour comprendre les notions de règle, de jeu de langage, de certitude et les limites de la philosophie.

Que fais-tu exactement quand tu promets, quand tu donnes un ordre, ou quand tu dis simplement « j’ai mal » ? C’est à partir de ces gestes ordinaires du langage que Wittgenstein devient passionnant en cours de philosophie. Comme enseignante, je constate souvent que son nom impressionne plus qu’il n’éclaire. Pourtant, ses thèses servent très concrètement : distinguer dire et montrer, éviter des contresens sur le sens d’un mot, comprendre pourquoi suivre une règle n’est pas réciter une définition. Chez lui, la philosophie ne collectionne pas des abstractions : elle apprend à regarder comment les mots fonctionnent réellement.

En bref : les réponses rapides

Quelle différence simple entre le premier et le second Wittgenstein ? — Le premier cherche la structure logique qui rend les propositions sensées. Le second étudie les usages concrets du langage dans la vie ordinaire.
Wittgenstein dit-il qu'on ne peut pas parler de morale ou de religion ? — Il ne les réduit pas à des énoncés scientifiques. Il montre surtout que ces domaines ne se laissent pas traiter comme de simples descriptions de faits.
Pourquoi Wittgenstein est-il important pour la notion de règle ? — Parce qu'il montre qu'appliquer une règle ne dépend pas d'une interprétation privée infinie, mais d'un usage partagé dans une pratique commune.
Comment citer Wittgenstein au bac sans faire hors sujet ? — Il faut relier une citation à un problème précis du sujet, puis l'expliquer avec un exemple concret de langage, de règle ou de certitude.

Qui est Wittgenstein et pourquoi revient-il si souvent en philosophie du langage ?

Ludwig Wittgenstein est un philosophe austro-britannique du XXe siècle, né à Vienne en 1889 et mort à Cambridge en 1951. Il marque la philosophie analytique par deux œuvres majeures, le Tractatus puis les Recherches philosophiques, qui déplacent la question du sens de la logique vers les usages ordinaires du langage.

Ludwig Wittgenstein n’est pas seulement une grande figure savante. Son parcours éclaire directement sa pensée. Né dans une famille très cultivée de Vienne, il commence par étudier l’ingénierie à Berlin puis à Manchester. Ce détour compte. Il l’amène vers les problèmes de logique, de calcul et de représentation. À Cambridge, sa rencontre avec Bertrand Russell le fait entrer au cœur de la philosophie analytique. La Première Guerre mondiale interrompt cette trajectoire, mais elle accompagne aussi la rédaction du Tractatus logico-philosophicus, publié en 1921 en allemand puis en 1922 en édition bilingue. Dans ce livre bref et difficile, Wittgenstein soutient que le monde se laisse décrire par des propositions logiquement bien formées, et que la philosophie doit clarifier ce qui peut être dit, non produire des théories vagues.

Pourquoi revient-il si souvent en philosophie du langage ? Parce qu’il oblige à poser des questions simples, mais décisives : qu’est-ce que signifier, suivre une règle, comprendre un mot, être certain de quelque chose ? Après le Tractatus, Wittgenstein quitte un temps l’université, enseigne dans des écoles autrichiennes, puis revient à Cambridge. Ce retour prépare un tournant majeur. Les Recherches philosophiques, publiées après sa mort en 1953, refusent l’idée d’un langage réduit à une structure logique unique. Le sens dépend désormais des usages, des contextes, des pratiques communes. Dire, promettre, ordonner, calculer ou plaisanter, ce n’est pas faire la même chose avec des mots. Voilà pourquoi Wittgenstein est central pour les notions de langage, de règle, de certitude et de limites de la philosophie : il montre que beaucoup de faux problèmes naissent quand on arrache les mots à leur emploi réel.

À retenir

Wittgenstein compte double : le Tractatus explore la logique des propositions ; les Recherches philosophiques montrent que le sens naît dans l’usage. Cette double entrée explique sa place durable en philosophie du langage.

Du Tractatus aux Recherches philosophiques : ce que Wittgenstein change vraiment

Le premier Wittgenstein pense que le langage représente le monde selon une structure logique commune. Le second Wittgenstein déplace la question : parler ne consiste pas seulement à décrire, mais à agir dans des contextes réglés. Le passage n’est pas une volte-face totale. C’est un changement de focale, de la logique des propositions vers leurs usages concrets.

Dans le Tractatus logico-philosophicus, le monde n’est pas un tas de choses, mais l’ensemble des faits. Une proposition a du sens si elle peut figurer un état de choses possible. Wittgenstein parle d’image logique : la phrase et le fait partagent une forme. Dire “le livre est sur la table” revient à proposer un agencement vérifiable. La philosophie doit alors clarifier ce qui peut être dit avec sens. D’où la distinction décisive entre dire et montrer. La logique elle-même ne se décrit pas comme un objet du monde ; elle se montre dans tout énoncé sensé. Même chose pour l’éthique, l’esthétique ou le sens de la vie : ce ne sont pas, pour lui, des objets de science. Sa formule célèbre le résume : “Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence.” Ce silence n’est pas du mépris. Il marque une limite du langage descriptif.

Les Recherches philosophiques rompent avec l’idée d’un langage idéal unique. Le second Wittgenstein observe le langage ordinaire : promettre, ordonner, calculer, raconter, plaisanter, remercier. Ces activités sont des jeux de langage. Leur sens dépend d’un usage, non d’une essence cachée. Une consigne en classe, une promesse ou un calcul comme $2 + 2 = 4$ n’ont pas la même fonction, même si tous relèvent du langage. Chaque jeu s’inscrit dans une forme de vie, c’est-à-dire un ensemble de pratiques partagées. Comprendre un mot, c’est savoir s’en servir dans ces pratiques. La question devient alors : comment suit-on une règle ? Non pas en consultant une formule mentale privée, mais en apprenant des usages publics. Les notions d’air de famille servent aussi à éviter les fausses définitions rigides : les mots n’ont pas toujours une essence commune, mais des ressemblances croisées.

Point comparé Tractatus logico-philosophicus Recherches philosophiques Erreur fréquente chez les élèves
Fonction du langage Représenter les faits par des propositions logiquement articulées Accomplir des usages multiples dans des contextes variés Croire que Wittgenstein parle toujours du seul langage descriptif
Modèle central Image logique du monde Jeux de langage et pratiques ordinaires Penser qu’il méprise tout langage ordinaire
Limite du sens On ne dit avec sens que ce qui peut être figuré Le sens vient de l’usage dans une forme de vie Conclure qu’il “interdit” de parler d’éthique
Règle Structure logique sous-jacente Apprentissage public du suivi de règle Réduire les règles à une interprétation privée
Risque de contresens Lecture dogmatique des limites du langage Lecture relativiste des usages Dire que tout se vaut selon les contextes

Ce que Wittgenstein change vraiment tient donc en une leçon utile en dissertation. Le premier Wittgenstein demande : quelles sont les conditions logiques d’une proposition sensée ? Le second Wittgenstein demande : que faisons-nous en parlant ici et maintenant ? Il ne remplace pas la rigueur par le flou. Il combat deux illusions scolaires tenaces : croire qu’un mot possède toujours une définition fixe, et croire qu’un usage variable entraîne un relativisme total. En copie, vous pouvez mobiliser cette évolution pour distinguer vérité logique, usage social, norme partagée et expérience vécue. C’est très efficace sur des sujets comme le langage, la vérité, la règle, autrui ou les mathématiques.

Comprendre WITTGENSTEIN — Parole de philosophe

Les confusions à éviter quand on oppose le premier et le second Wittgenstein

On caricature souvent Wittgenstein en disant qu’il passe d’une théorie rigide du langage à une vision souple des usages. C’est trop simple. Dans les deux cas, la philosophie sert d’abord à dissoudre de faux problèmes nés d’un mauvais emploi des mots. La rupture existe, mais la cible reste la même.

Le Tractatus ne dit pas seulement : le langage décrit le monde. Il cherche aussi la limite entre ce qui peut se dire clairement et ce qui se montre sans se formuler. Les Recherches philosophiques ne disent pas non plus : tout dépend du contexte, donc tout se vaut. Elles montrent que le sens d’un mot vient de son usage dans une pratique réglée. Formule utile en devoir : du premier au second Wittgenstein, la méthode change plus que l’exigence. Autre formule sûre : dans les deux œuvres, la philosophie ne produit pas des théories sur le monde ; elle corrige nos illusions grammaticales.

Les jeux de langage expliqués par des situations ordinaires

Chez Wittgenstein, un mot n’a pas un sens fixe posé une fois pour toutes. Son sens vient de son usage dans une situation réglée. Dire « promets », « calcule », « ouvre la fenêtre » ou « j’ai mal » relève de jeux de langage différents, liés à une même forme de vie.

Prends une scène de classe. Le professeur dit : « Ouvre ton manuel page 42 ». Cette phrase ne décrit pas un fait. Elle donne une consigne. Si un élève répond « c’est vrai », il a compris la grammaire de la phrase, mais pas sa fonction. Même chose avec une promesse entre amis. Dire « je te le rendrai demain » n’est pas constater un événement déjà là. C’est s’engager. Le sens dépend donc des attentes partagées, des réactions possibles, de la règle implicite du jeu. Dans le langage ordinaire, nous passons sans cesse d’un jeu à l’autre. Une blague appelle le rire ou le malaise, une excuse appelle le pardon ou le refus, une prière n’attend pas la même validation qu’un mode d’emploi. Les mots restent parfois identiques. Leur emploi, lui, change tout.

Wittgenstein veut ainsi casser une erreur fréquente : croire que chaque mot porte un noyau de sens indépendant de toute pratique. Le cas de la douleur est décisif. Quand quelqu’un dit « j’ai mal », il ne fait pas seulement un rapport intérieur, comme s’il lisait un thermomètre caché. Il se plaint, demande de l’aide, avertit, cherche une réponse. Le mot entre dans un réseau d’usages appris très tôt. Un enfant n’apprend pas la douleur par définition abstraite, mais par gestes, réactions, corrections et situations répétées. C’est là qu’intervient la forme de vie : parler, ce n’est pas coller des étiquettes sur le monde, c’est participer à des pratiques humaines stables. Même la certitude ordinaire fonctionne ainsi. Je ne vérifie pas à chaque instant ce qu’est une main, une porte ou une addition simple. Je m’appuie sur des évidences incorporées par l’usage partagé.

Le détour par les mathématiques éclaire très bien cette idée. Comprendre une règle n’est pas réciter une formule. C’est savoir continuer correctement une série, reconnaître une erreur, justifier un calcul dans un contexte d’enseignement. Un élève peut connaître la définition d’un carré et pourtant se tromper quand il doit tracer une figure ou appliquer $2 + 2 = 4$ dans un problème concret. Pour Wittgenstein, suivre une règle n’est jamais un acte purement intérieur. C’est une compétence publique, contrôlable, corrigible, inscrite dans un apprentissage. Dire qu’on sait additionner, ce n’est pas avoir une image mentale secrète. C’est savoir faire, et faire comme on l’attend dans une pratique commune. Voilà pourquoi ses remarques sur les règles intéressent autant la pédagogie : elles montrent que le sens naît moins d’une définition isolée que d’un entraînement réussi dans le bon jeu.

Bonus du prof

Le paradoxe pédagogique est simple : on n’apprend pas vraiment un mot parce qu’on en reçoit la définition, mais parce qu’on entre dans ses usages. En classe, faire reformuler, corriger, appliquer et comparer vaut souvent mieux qu’une définition parfaite copiée sans pratique.

Comment utiliser Wittgenstein en dissertation sans le caricaturer

Wittgenstein sert en dissertation philosophie quand un sujet porte sur le langage, la vérité, la règle, la certitude, la religion ou les limites de la philosophie. Utilisez-le pour éclairer un problème précis, avec une citation Wittgenstein courte, expliquée et reliée au sujet, jamais comme formule obscure plaquée pour faire savant.

En copie de lycée, au baccalauréat comme en CPGE, Wittgenstein aide surtout sur six familles de sujets. Par exemple : le langage dit-il le réel ?, toute pensée est-elle dicible ?, suivre une règle suffit-il à comprendre ?, la philosophie découvre-t-elle des vérités ?, peut-on tout démontrer ?, que vaut une croyance religieuse ?. La bonne méthode bac est simple. Repérez d’abord le nœud du sujet. Est-ce un problème de représentation, d’usage, d’interprétation ou de preuve ? Ensuite seulement, choisissez le bon Wittgenstein. Le Tractatus éclaire les limites du dicible et le rapport entre proposition et monde. Les Recherches philosophiques éclairent les jeux de langage, les règles et les usages ordinaires. De la certitude devient décisif si le sujet porte sur le doute, la preuve ou les évidences qui soutiennent nos pratiques.

Comment utiliser Wittgenstein en dissertation

Une citation suffit si elle est contextualisée et reformulée. « Les limites de mon langage signifient les limites de mon monde » ne veut pas dire que chacun vit dans sa bulle, mais que le pensable articulé dépend des formes de représentation disponibles. « Le sens d’un mot est son usage dans le langage » ne dit pas que le sens change au gré des humeurs, mais qu’il se comprend dans une pratique réglée. De la certitude montre enfin que tout raisonnement repose sur des certitudes d’arrière-plan, non sur une démonstration infinie.

Sur la religion et l’éthique, évitez la fausse piste de la doctrine morale prête à l’emploi. Wittgenstein ne donne pas un catéchisme philosophique. Il invite à distinguer ce qui se démontre, ce qui se montre, et ce qui relève d’une manière de vivre. Dans le Tractatus, l’éthique n’est pas une science parmi d’autres. Elle touche à la valeur, donc à ce qui ne se laisse pas enfermer dans une description factuelle. Plus tard, il regarde aussi la religion comme une pratique de vie, avec ses critères propres, et non comme une hypothèse scientifique mal formulée. En dissertation, cela permet d’éviter deux excès : réduire la croyance à une erreur logique, ou lui accorder un privilège irrationnel sans examen.

Les erreurs fréquentes en copie sont nettes. Première erreur : citer Wittgenstein sans expliquer le contexte, par exemple mélanger le Tractatus et les Recherches comme s’ils disaient la même chose. Deuxième erreur : confondre le silence final du Tractatus avec une censure du penser. Ce n’est pas « il ne faut pas penser », mais « tout ne se dit pas sous forme de propositions scientifiques ». Troisième erreur : réduire les jeux de langage au subjectivisme. Chez lui, l’usage n’est pas arbitraire ; il est social, réglé, partageable. Si vous gardez ce fil, votre citation Wittgenstein devient un outil d’analyse, pas un décor de copie.

Pourquoi Dit-on que ce dont on ne peut parler il faut le taire ?

Cette formule vient du Tractatus de Wittgenstein : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » Elle signifie que le langage a des limites. On peut parler clairement des faits du monde, mais non exprimer rigoureusement ce qui relève de l’éthique, du sens ultime ou du mystique. Wittgenstein invite donc à distinguer le dicible de l’indicible.

Comment est mort Wittgenstein ?

Ludwig Wittgenstein est mort en 1951 à Cambridge, des suites d’un cancer de la prostate. Il avait choisi de passer ses derniers jours chez son médecin, dans un cadre simple. Sa fin est souvent évoquée pour sa sobriété et sa lucidité. On rapporte qu’il aurait dit : « Dites-leur que j’ai eu une vie merveilleuse. »

Quelle est la définition de la philosophie selon Pythagore ?

Selon la tradition, Pythagore aurait forgé le mot « philosophie » à partir de philo, aimer, et sophia, sagesse. Le philosophe n’est donc pas un sage qui possède la vérité, mais quelqu’un qui aime la sagesse et la recherche. Cette définition insiste sur l’humilité intellectuelle et sur la philosophie comme quête plutôt que comme savoir achevé.

quine

Willard Van Orman Quine est un philosophe américain majeur du XXe siècle, lié à la philosophie analytique. Il critique la séparation stricte entre vérités analytiques et synthétiques dans Les Deux Dogmes de l’empirisme. Je le présente souvent comme un penseur du langage, de la logique et de la connaissance, attentif à la science et au naturalisme.

philosophie analytique définition

La philosophie analytique est un courant qui privilégie la clarté conceptuelle, l’analyse logique et l’étude du langage. Elle se développe surtout au XXe siècle avec Frege, Russell, Wittgenstein, puis Quine ou Austin. Son but n’est pas de produire un système global, mais d’examiner précisément les problèmes philosophiques en clarifiant les termes et les arguments.

scientific progress definition

Scientific progress means the development of knowledge through better theories, methods, evidence, and explanations. It does not only mean accumulating facts, but improving our ability to predict, test, and understand phenomena. In philosophy of science, the idea is debated: some define progress as truth-approximation, others as increased problem-solving power or explanatory success.

Is Russell's logical atomism physical?

Russell’s logical atomism is not simply physical. It is mainly a theory about logic, language, and the structure of reality. Russell argues that the world can be analyzed into basic facts and that propositions mirror these facts. Some atoms may concern sense-data or particulars, so the view is not reducible to physicalism alone.

What atomism means?

Atomism is the idea that reality is made of basic, indivisible elements. In ancient philosophy, these are physical atoms moving in the void. In modern philosophy, especially logical atomism, the term can also refer to simple facts or propositions that serve as the building blocks of knowledge, language, or the world’s structure.

Retenir Wittgenstein, ce n’est pas mémoriser deux périodes figées, mais savoir mobiliser quelques idées fortes au bon moment : les limites du langage logique, le sens comme usage, les jeux de langage, la règle et la certitude. Pour réviser efficacement, associe chaque notion à une scène simple : promettre, calculer, obéir, décrire, douter. C’est cette traduction concrète qui fait la différence en dissertation, à l’oral et dans l’explication de texte.

Mis à jour le 29 avril 2026

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